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Les sapins torturés de Bué modifier

par Michel BARTOLI

La photo de la «une» vous montre un exemplaire d'un des sapins déformés de la vallée de Bué. En suivant le GR 10® en direction du plateau du Saugué, de tels sapins se croisent vite. Quelle est donc l'origine de ces arbres monstrueux mais, avouons-le, magnifiques?
Chaque année, un sapin réalise une pousse verticale accompagnée, à sa base, de quatre branches horizontales. Si l'on casse ou coupe la pousse verticale, les branches vont toutes se redresser pour, à la longue, devenir quatre troncs perchés sur le tronc central étêté qui va grossir comme si de rien n'était. On obtient alors un sapin à quatre troncs, un énorme chandelier. C'est tout simple! Ah, cette photo! Regardons aussi les (rares…) sapins adultes: des acrobates y sont montés aux sapins pour en couper presque toutes les branches, précieux futur bois de chauffage. Restait alors un simple mât de cocagne.

À Bué, on comprend vite que, non seulement la pousse centrale a été cassée, mais aussi les pousses des branches devenues verticales, puis encore les pousses des branches qui se sont formées, puis etc. Ce jardinier au sécateur violent (et gourmand) était un troupeau de bovins. Les pousses qui ont fini par échapper aux herbivores sont devenues les troncs d'aujourd'hui. La preuve? Une photo prise en 1910 qui montre exactement l'endroit suivi par notre GR, les buissons en boule sont nos sapins travaillés en topiaires.

D'un landéra à un chandelier
Mais ce n'est pas toujours un oiseau, une brebis, un isard ou une vache qui cassaient ou cassent la pousse terminale d'un sapin. Il y a bien d'autres responsables des sapins chandeliers: une pierre de la falaise du dessus qui vient décapiter notre sapin, ou un ski - sécateur du xxe siècle - qui fait de même sur la pousse dépassant à peine de la neige. Et en vallée de Barèges, il a aussi des chandeliers liés au décaillage du lait emprésuré pour fabriquer un fromage! Pour réduire le caillé en miettes, on utilisait un fouet, un «landéra», fouet qui était la tête d'un jeune sapin. La photo vous dit tout.

On coupait environ dix pousses terminales, on enlevait les trois dernières trop faibles, on ébranchait soigneusement au niveau de chaque nœud sauf les quatre branches du bas dont on garde une année de pousse. Ces moignons étaient tordus, l'un était coincé dans le tronc et les trois autres étaient repliés. Si on avait le temps (il fallait presque un an!), on commençait par fendre le tronc du jeune sapin sur pied pour y enfiler les pointes aiguisées au bout des moignons de branches repliées vers le haut. Elles se greffaient alors dans le tronc. A l'automne, on coupait le haut du sapin, on l'écorçait et enlevait les verticilles du haut. Le landéra était bien plus solide ainsi fait.

Voilà donc notre sapin soigneusement étêté, ce qui va lui permettre de devenir un superbe chandelier. Lors de vos prochaines balades, cherchez donc à reconnaître la cause qui a transformé tel sapin, à Bué ou ailleurs.

1 Elle est incluse, parmi plus de 200 autres, dans un magnifique album annexé à l'aménagement forestier de la forêt syndicale de la Vallée de Barèges rédigé par l'inspecteur des Eaux et Forêts Hippolyte de La Hamelinaye (1861-1935).

Légendes complètes:
Photos 1 et 2: Un jeune sapin avec, au niveau de chaque verticille, quatre branches horizontales. On casse la pousse terminale, 100 ans après on obtient un superbe et énorme chandelier. (Photos MB)
Photo 4: La cime d'un jeune sapin devenue un landéra. (Photo: Éric Delgado, Petit musée du Lavedan à Aucun)
Photo 5: Sur les pentes du versant nord de la vallée de Bué est installée la sapinière. (Photo MB)

Un jeune sapin avec quatre branches horizontales

Un jeune sapin avec quatre branches horizontales

Un jeune sapin avec quatre branches horizontales fermer

On casse la pousse terminale, on obtient un superbe chandelier

On casse la pousse terminale, on obtient un superbe chandelier

On casse la pousse terminale, on obtient un superbe chandelier fermer

La cime d’un jeune sapin devenue un landéra. Ph. : Éric Delgado

La cime d’un jeune sapin devenue un landéra. Ph. : Éric Delgado

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Sur les pentes du versant nord de la vallée de Bué, la sapinière

Sur les pentes du versant nord de la vallée de Bué, la sapinière

Sur les pentes du versant nord de la vallée de Bué, la sapinière fermer


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